CAN VILA ROUSSILLON

UNE METAIRIE

 

Au  milieu des années 60,  lorsque mes parents ont acheté cette propriété, la plupart des mas de la commune étaient encore exploités et lorsqu’il était question de can Vila, les paysans de Taillet parlaient de la métairie. Le mas a donc selon toute vraisemblance été exploité sous cette forme ancienne.

Le métayage était un régime de fermage très pratiqué dans la région, fondé sur le partage des productions de la ferme entre le bailleur et le métayer. Le métayer payait en guise de loyer le produit de la vente d’une partie convenue des productions de la métaierie, en principe la moitié mais souvent une proportion moindre.

Ce régime était dur pour les métayers qui vivaient en autarcie. Ils produisaient eux-mêmes l’essentiel de ce qui était nécessaire à la vie courante et au bétail (en général un troupeau de chèvres, un ou deux cochons, une vache). Il existe au mas un ancien établi à sabots rudimentaire, on y fabriquait donc aussi de quoi se chausser !

L’argent était rare et on exploitait tout ce qui était exploitable, même les racines de bruyère difficiles à extraire et d’une qualité moyenne, que les pipiers de Saint-Claude venaient acheter à bas prix une ou deux fois l’an. Au quotidien, les revenus provenaient de la vente du fromage de chèvre, du lait, des œufs, des volailles, des produits du potager et des vergers que les fermiers proposaient sur les marchés des petites villes voisines comme Céret, Amélie-les-bains ou Corsavy, qu’ils rejoignaient à pied, par des chemins de traverse.

Jusqu’à la fin des années 50, le mas appartenait à un propriétaire qui possèdait dans la région plusieurs autres propriétés de taille comparable, données en fermage à des cultivateurs.

Il  passa ensuite entre les mains d’une famille de Perpignan qui y fit  planter 2 500 cerisiers, sur une superficie de 6 hectares. Can Vila était alors occupé par des fermiers qui exploitaient les cerisiers et une vieille parcelle de vigne. Les labours se faisaient  à la charrue, avec un percheron qui était logé dans l’écurie du bâtiment agricole.